Marjorie Midoux – « Mini » – inscrit son travail photographique dans une tradition déjà bien installée : le journal intime. Ou plutôt le blog intime, puisque c´est par ce biais qu´elle partage ses images.

Empruntant à la Ballad of the Sexual Dependency de la photographe américaine Nan Goldin ou du Senchimentaru na tabi (Voyage sentimental) du japonais Nobuyoshi Araki, Marjorie Midoux installe un lien étroit entre sa vie et son œuvre. Son appareil photographique joue le rôle de mémoire et enregistre son quotidien. Sur son blog, cet univers personnel est complété par la diffusion de morceaux de musique de son choix. On y retrouve le Velvet Underground, que Nan Goldin passait d´ailleurs, parmi d´autres musiciens, lors de ses projections de diapositives.

La comparaison avec la photographe de Boston pourrait s´arrêter là car il n´est pas question du comportement d´une contre-culture ou d´un quelconque underground. Dans les photos de Marjorie personne ne se drogue, personne ne meurt du sida, personne ne couche avec personne. Elle pose au contraire un regard tout onirique sur la réalité.

Sans aucune mièvrerie, elle se penche sur le monde contemporain, et en regarde les empruntes qui paraissent les plus anodines, les plus simples, les plus directes. Marjorie travaille en archéologue du présent. En plongeant littéralement dans le réel, en s´en approchant de très près, elle révèle la beauté simple des choses: la paire de basket d´un ami, des tasses de thé fumant, un détail de cannette tout juste ouverte…

Son appareil photo est un véritable filet à papillons : il attrape en plein vol des images belles et justes. Il capture des morceaux de réalité, comme cette sonnette de vélo, souvenir d´une journée qu´on imagine joyeuse. Joli symbole d´une liberté douce et pastorale, la bicyclette fait partie du répertoire de Marjorie, tout comme les devantures sucrées des boulangeries. Beignets fondants de chocolat et cornets de glace tiennent en effet bonne place dans l´univers de la photographe. Ces sujets à l´émotion joyeuse sont magnifiés par des teintes guimauve qui traduisent une certaine auto dérision. On devine dans ces photos un regard léger et mutin qui veut montrer avec délicatesse des formes fragiles.

Cette gymnastique du gros plan (on est parfois proche de la macro photo) provoque bien des révolutions. Ce rapprochement lève des voiles, montre de nouvelles facettes, intensifie la couleur, la rend puissante. Les objets ainsi révélés se dévoilent et exhibent une nouvelle beauté. Une lumière généralement pastel apporte à ces images une pudeur certaine et contrebalance la violence du gros plan. Ces « close-up » ne sauraient être voyeurs ou inquisiteurs. Les uns après les autres, ils installent paradoxalement une distance discrète. Au fil de cette promenade ils entraînent le spectateur dans une ballade à la forme libre qui n´en finit pas d´illustrer la vie.

Marjorie Midoux photographie son monde et son histoire comme on chasse les papillons. Elle les épingle ensuite publiquement, à la manière d´ un entomologiste, sur son blog. Elle nous rappelle que dans un monde qui s´écroule sous le poids de la rentabilité financière, des guerres et de la stupidité humaine, il existe encore des antidotes pour ceux qui savent tirer toute la poésie des choses qui nous entourent.

Et au travers de cet exercice photographique, elle réussit certainement elle-même à se comprendre et à s´accepter, tout en s´identifiant dans la société qui l´entoure. Mais n´est-ce pas là l´objectif souvent inavoué d´un journal intime ?

Marc Bervillé


marjoriemidoux.blogspot.com


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