Helen Levitt

Indépendante d'esprit et inspirée par les photographies d'Henri Cartier-Bresson, Helen Levitt commence à photographier en 1936, dans un contexte socio-économique encore ébranlé par la crise de 1929. Attirée par Harlem, quartier en périphérie de Manhattan constitué par des vagues successives d'immigration, elle y photographie la vie quotidienne, tournant le dos au modernisme et gigantisme de New York.

Ses images illustrent tout d'abord l'univers des enfants, véritable énergie d'Harlem; Par les batailles, les parades, les courses, les danses, les déguisements, les graffitis, ils s'approprient l'espace public, un nouvel espace de liberté d'action, un espace initiatique.

En noir et blanc comme en couleur (à partir des années 60) le lyrisme de ses photographies traduit la brutalité du quotidien où le rire et le drame cohabitent en permanence.

Sans effets recherchés, évitant tout misérabilisme, conciliant documentaire et poésie, Helen Levitt nous transporte dans un monde où " les rues sont l'appartement du collectif " et où les adultes et les enfants, fascinés par le rêve américain, vivent chaque jour le désenchantement de l'Amérique contradictoire.

Marc Bervillé, 2001, à l'occasion de l'exposition d'Helen Levitt au Centre National de la Photographie, Paris



Glamour Fraulein - Ellen Von Unwerth

« Sie Kommen». Le titre de cette photographie «icône» d’Helmut Newton annonce dès 1981 les renversements sociologiques du début des années 80. «Elles arrivent», ces femmes désormais libres. Nues ou habillées, elles marchent, fières et arrogantes, de plain-pied dans le cadrage du maître australien, de plain-pied vers une nouvelle ère. Au moment où Ellen von Unwerth prend ses premières photographies, les radios du monde entier entonnent «Girls Just Wanna Have Fun» et apportent à Cindy Lauper la célébrité.

On est prévenu : les femmes veulent s’amuser. C’est dans ce contexte qu’Ellen von Unwerth continue de célébrer, à sa manière, la libération de la femme. Elle vient de passer dix ans devant l’objectif, sans grande passion pour ce travail de mannequin qu’elle trouvait peu créatif et contraignant.

L’appareil à la main elle veut désormais rompre avec la rigidité de la photographie de mode traditionnelle. Dès les débuts, elle veut raconter des histoires. Comme au cinéma. De ce médium populaire, Ellen von Unwerth imite la construction narrative mais aussi ce qui en fait l’essence : le glamour et le mélodrame.

Elle ira jusqu’à célébrer le cinéma en y puisant ses archétypes et ses symboles. En 1990, pour le «Vogue » américain, elle emprunte à Jean-Luc Godard les personnages de Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo d’«A bout de souffle » afin de mettre en scène le top Christy Turlington. De la starlette hollywoodienne traquée par les paparazzis, aux amants bohèmes de la « nouvelle vague », les figures qu’elle nous montre vivent quelque part au fond de notre mémoire. Du cinéma, elle abandonne cependant le studio, préférant aux plateaux les scènes de la vie réelle. Si, en 1955, Guy Bourdin est le premier à bouleverser les codes de la photographie de mode en photographiant pour «Vogue» ses modèles dans un abattoir (provoquant une série de désabonnements), la pose n’en reste pas moins figée, traditionnelle.

Ellen von Unwerth décide, elle, d’offrir à ses modèles la possibilité de bouger, de se déplacer. Loin du «Don’t move!» entendu mille fois et qui l’obligeait à tenir une pose. On se rappelle, là, la tyrannie envers les mannequins de Thomas, le jeune photographe de «Blow Up», film culte de Michelangelo Antonioni. Aujourd’hui, elle donne à «ses» filles une grande liberté d’action en les dirigeant le plus simplement possible. Ellen installe une ambiance détendue, une intimité propice aux moments de grâce. Tant pis pour la technique, il y a de la spontanéité, du charme. Les filles se livrent en toute confiance et la photographe en immortalise les plus beaux moments.

Finalement, Ellen von Unwerth joue toujours à la poupée. Ces poupées qui l’accompagnaient partout petite fille, et qui lui donnent encore de l’inspiration. On se souvient de ce portrait magnifique de Claudia Schiffer, en 1994, posant avec une Barbie, qui semble son modèle miniature. Mais chacun sait que les filles sont bien moins sages qu’elles en ont l’air. Tout comme Ellen, qui aime la provocation, la trouve nécessaire. Dans ses histoires, les petites filles modèles aiment se faire punir. La série «Revenge», propose « Les Malheurs de Sophie » dans une version pour adulte. Il y a du Sade, mais ce n’est ni sinistre ni méchant : «Girls Just Wanna Have Fun». On en retient des photos tumultueuses et sautillantes, qui font certainement ressortir ce que seules les femmes peuvent voir chez une femme.

Marc Bervillé, 2009, à l'occasion de la sortie du livre Glamour Fraulein chez Taschen

+ de hip + de hop....

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KISS

KISS from Jules Le Barazer on Vimeo.

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